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Dis-moi comment tu viens, je te dirai qui tu es

  • 13 avr.
  • 6 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 7 heures

50 nuances de swipe rencontres couple relations
Avec les hommes, on croit souvent que tout commence par un regard. C’est faux.

Très souvent, tout commence par un véhicule. 


Avant même de savoir s’il écoute, s’il comprend une femme ou s’il sait faire autre chose qu’envoyer « ça va ? » à une heure où personne ne va particulièrement bien, quelque chose s’est déjà mis en mouvement. Ou pas.


Évidemment, une voiture ne révèle pas la personnalité d’un homme. Une citadine ne garantit pas l’humilité, un SUV ne diagnostique pas une hypertrophie de l’ego et un abonnement de train ne constitue pas un certificat de disponibilité émotionnelle.


Je le sais.

Je regarde quand même.


Il y a d’abord ceux qui donnent rendez-vous quelque part. 

Un bar, une terrasse, un parking, un endroit à peu près équidistant. Et pour être honnête, ce n’est pas nécessairement le signe d’un homme peu motivé. À un certain âge, on peut parfaitement désirer rencontrer quelqu’un sans traverser la moitié du pays pour vérifier si son humour tient aussi debout hors écran.


Alors chacun fait un bout. On converge. C’est la diplomatie du premier rendez-vous, une sorte de zone neutre où deux adultes arrivent avec leurs projections, leurs prudences et un petit sac invisible rempli d’expériences précédentes.


J’arrive, je ralentis, je regarde autour de moi et, presque malgré moi, je cherche sa voiture. La petite citadine propre qui n’a rien à raconter ? Le véhicule beaucoup trop imposant pour la mission du jour ? La voiture poussiéreuse dans laquelle semblent vivre depuis plusieurs mois un sac de sport, deux bouteilles vides et un problème jamais vraiment traité ?


Je ne juge pas.

Enfin si.

Mais avec méthode.


Il y a ensuite ceux qui arrivent en train. 

J’aime le train. Le problème n’a jamais été le train. Le problème commence lorsque lui a pris les transports publics et que moi je prends ma voiture pour aller chercher l’homme qui a pris les transports publics.


À ce moment-là, l’écologie vient officiellement de trouver son assistante personnelle.


Ce qui m’intéresse n’est pas qu’un homme possède ou non une voiture. C’est cette sensation très fine de savoir qui, dès le début, complète la logistique de l’autre. Est-ce qu’on se rejoint vraiment ou est-ce que je suis déjà en train de rendre la rencontre plus simple pour lui ?


Avec certains hommes, avant même le premier verre, je conduis, je récupère, j’organise, je facilite. Rien de dramatique pris séparément. Mais j’ai appris à observer ces petits mouvements, parce que la souplesse peut très vite devenir une habitude dont une seule personne fait tout le travail.


Et puis il y a ceux qui viennent jusqu’à moi.

J’aime ce geste. Pas parce que j’attends d’un homme qu’il franchisse montagnes et frontières en brandissant son GPS comme une preuve d’amour. Simplement parce qu’il prend sa part du déplacement. Il vient. Il se gare. Il descend.


Et là arrive cette petite scène universelle qui me fait toujours rire : la première bise. On s’approche. Gauche ? Droite ? Trop près ? Pas assez ? Une demi-seconde de coordination corporelle pendant laquelle mon cerveau produit déjà une note de synthèse extrêmement ambitieuse.

« Dans une heure, je trouve une excuse. »

Ou : « Bon, ça devrait être agréable. »

Parfois même : « Lui, sauf accident narratif majeur, il ne repartira probablement pas avec seulement une bise. »


Mon corps a déjà un avis. Pas forcément la vérité. Un avis. Et mon cerveau consacrera ensuite un temps parfaitement déraisonnable à vérifier s’il avait raison.


Après seulement, je regarde vraiment l’intérieur. 

Pas le prix. Pas la marque. La place.


Il ouvre la portière et parfois il faut d’abord déplacer une veste, un sac, des papiers, une bouteille, un objet dont personne ne connaît plus la fonction et peut-être les vestiges archéologiques d’un trajet effectué six mois plus tôt.

« Attends, je te fais une place. »

Cette phrase m’a toujours fascinée...

Parce que parfois, elle dépasse largement la voiture.


Il y a les véhicules familiaux, véritables écosystèmes où une compote vide côtoie un dessin froissé et une chaussure mystérieusement célibataire. Ce n’est pas glamour au sens publicitaire du terme, mais c’est du réel. Et le réel, lorsqu’il est assumé, peut être bien plus séduisant qu’un habitacle impeccable conçu pour ne laisser aucune trace de vie.


Il y a aussi les voitures de travail, avec un coffre déjà rempli d’une journée entière. Là encore, je ne fais pas de psychanalyse du tapis de sol. Je remarque simplement si, malgré tout ce qui existe déjà dans sa vie, l’homme sait dégager vingt centimètres sans donner l’impression que ma présence constitue une urgence logistique.


Et puis il y a les véhicules qui arrivent avec leur propre récit. 

La moto, par exemple. Elle n’arrive pas, elle entre en scène. Le bruit précède l’homme, puis le casque tombe, le blouson apparaît et soudain la logistique du premier rendez-vous comprend déjà une question très concrète : ai-je envie de m’accrocher à cet homme avec les deux bras alors que nous n’avons pas encore commandé un café ?


La décapotable, elle, ne promet pas la fusion. Elle promet le décor. Un peu de cuir, un peu de vent, un poignet opportunément visible et cette sensation de monter non pas dans une voiture, mais dans une version légèrement mise en scène de la vie de quelqu’un.


Et puis il y a le van, sommet absolu du storytelling roulant. Sur les images : liberté, grands espaces, tasse en métal, bois brut, horizon. Dans la réalité : un parking, une polaire et une remarquable connaissance des endroits où passer la nuit sans se faire réveiller à six heures.


Ce n’est pas mensonger. C’est simplement une capacité assez fascinante à transformer la logistique en philosophie de vie.


J’ai même connu la version nautique du concept, où le moyen de transport contient déjà le bar, le lit et l’horizon.

À ce stade, ce n’est plus un véhicule.

C’est une infrastructure de séduction.


Il reste évidemment les voitures qui parlent fort. 

Certains SUV, par exemple, déclenchent chez moi une théorie parfaitement injuste sur la profondeur psychologique de leur propriétaire.


Je travaille dessus.


Je sais très bien qu’un homme peut être merveilleux dans un véhicule immense et épouvantable dans une petite voiture raisonnable. Mais certains engins produisent tout de même une question : qu’est-ce qu’on transporte exactement là-dedans ? Deux sacs de sport ? Une représentation très équipée de soi-même ? Une pelle, un secret familial et suffisamment de provisions pour survivre à l’effondrement de la civilisation ?


Je n’ai aucune réponse scientifique.


En revanche, j’ai appris qu’une petite voiture banalement propre pouvait parfois me plaire davantage qu’un décor spectaculaire. Elle ne cherche pas à me convaincre de quoi que ce soit. Elle roule. Elle fait son travail. Et à force de rencontrer des hommes capables de gonfler considérablement l’emballage, j’ai développé une certaine tendresse pour ce qui ne prétend pas être plus grand que ça ne l’est.


Mais finalement, la carrosserie m’intéresse beaucoup moins que la conduite.

Là, je deviens parfaitement irrationnelle. Je sais qu’on ne peut pas établir une théorie de l’attachement à partir d’un créneau.


Cela ne m’empêche absolument pas de le faire.


Il y a celui qui colle la voiture devant lui, peste contre chaque conducteur, vit le ralentissement comme une attaque personnelle et transforme quinze minutes de trajet en immersion dans son système nerveux. Mon corps se contracte avant même que nous ayons quitté le quartier.


Il y a celui qui hésite si longtemps devant un rond-point que j’ai largement le temps de réfléchir à notre compatibilité, à ma déclaration fiscale et à ce que je cuisinerai le lendemain. Il avance. Freine. Réavance. Attend une autorisation morale de l’univers. Et moi, sanglée sur le siège passager, je me demande déjà si cette prudence extraordinaire s’applique à toutes ses décisions.


Puis il y a celui qui conduit simplement bien. 


Sans démonstration. Sans compétition. Sans commentaires permanents sur les déficiences intellectuelles des autres automobilistes. Il anticipe, laisse passer, accélère quand il faut, freine normalement.

Et tout à coup, je réalise quelque chose de presque étrange :

je regarde le paysage.

Je ne surveille pas la route. Je ne pousse pas mentalement sur une pédale imaginaire. Je ne me prépare pas à mourir dans un rond-point à vingt kilomètres-heure. Je suis assise. Je respire. Je peux penser à autre chose.


Et ce petit détail m’a appris davantage sur ce que je recherche aujourd’hui que beaucoup de grandes déclarations. Le vrai luxe n’est pas le cuir, le toit ouvrant ou la puissance du moteur.


C’est de pouvoir être à côté de quelqu’un sans que mon corps se mette au travail.

Longtemps, j’ai pris tout cela pour du folklore. Une manière amusante de classer les hommes par catégories roulantes. Aujourd’hui, je sais surtout que je regarde le mouvement.


Est-ce qu’il vient vers moi ? Est-ce qu’on se rejoint ? Est-ce que je commence déjà à tout faciliter ? Est-ce qu’il me fait une place ou est-ce qu’il me demande de me glisser dans celle qui reste ?


La manière dont une histoire commence ne prédit évidemment pas comment elle finira. Un homme qui vient vous chercher peut disparaître trois semaines plus tard. Celui que vous avez récupéré à la gare peut devenir celui qui fera ensuite tous les trajets. Rien n’est écrit dans un kilométrage.


Mais parfois, très tôt, quelque chose apparaît quand même.


Qui fait le trajet. Qui crée de l’espace. Qui s’adapte. Et qui commence déjà à porter les bagages.

Et puis il y a ceux qui n’arrivent jamais.


Mais ça, c’est un autre chapitre…

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