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L'outfit

24 mai
6 min de lecture

Dernière mise à jour : 21 août

50 nuances de swipe rencontres couple relations
Ou l’art d’avoir pensé à venir habillé.

On parle beaucoup du regard des hommes. De leurs mains. De leur voix. De leur manière d’embrasser, de répondre aux messages, de disparaître trois jours puis de revenir avec un « coucou » innocent comme si leur absence n’avait nécessité chez nous aucune réunion intérieure, aucun café noir, aucun débat sur la ponctuation.


Mais on parle beaucoup moins de leurs vêtements.

Pourtant, avant même qu’un homme ouvre la bouche, sa tenue a déjà dit quelque chose. Pas qui il est. Pas s’il est fiable, disponible ou capable d’aimer correctement. Un pull en mérinos n’a encore jamais remplacé une thérapie.


Mais une tenue peut raconter une chose beaucoup plus modeste et, pour moi, assez importante : est-ce qu’il a pensé au moment où nous allions nous rencontrer ?


Je ne demande pas à un homme d’être habillé comme s’il sortait d’un magazine italien où tout le monde boit un espresso debout en regardant l’horizon avec un air de patrimoine européen.


Je ne réclame ni costume trois-pièces, ni montre héritée d’un arrière-grand-père diplomate, ni chaussures cirées au niveau d’un meuble ancien. Je vis dans le monde réel. J’ai vu des profils avec polaire zippée jusqu’au menton devant une armoire ouverte. Je sais de quoi l’humanité est capable. Ce que j’aime, c’est simplement sentir qu’un homme ne s’est pas habillé uniquement parce que sortir nu reste socialement compliqué.


Il y a d’abord Monsieur-T-shirt-Technique.

Homme souvent sympathique, sportif, vivant, capable de parler très sérieusement d’imperméabilité, de dénivelé ou de récupération musculaire.


Je respecte tout cela. J’aime même les hommes qui bougent, marchent, pédalent, respirent dehors. Mais Monsieur-T-shirt-Technique a parfois oublié que le sport est une activité, pas une identité complète imprimée en polyester sur le torse. Il porte son tissu respirant partout. Pour marcher, boire un verre, dîner, séduire. On ne sait jamais très bien si on est à un rendez-vous ou s’il va soudain sortir une gourde souple de sa poche et annoncer qu’il faut repartir dans trois minutes pour ne pas refroidir.


À un moment, il faut rentrer du trail. Poser la gourde. Reconnaître que le désir humain ne naît pas systématiquement en zone cardio.


À l’opposé, il y a Monsieur-Impeccable.

Col parfait. Veste parfaite. Chaussures impeccables. Barbe millimétrée. Il sent bon, connaît ses couleurs et possède probablement un défroisseur vapeur qu’il utilise réellement.


Au début, c’est reposant. Enfin un homme dont les chaussures ne demandent pas pardon en entrant dans la pièce. Puis parfois, il est tellement net que je commence moi-même à me sentir légèrement froissée à côté. J’hésite presque à poser ma main sur son pull de peur de déranger le merchandising. Ce n’est évidemment pas son élégance qui pose problème. J’aime les hommes élégants.


J’aime juste quand les vêtements accompagnent encore l’homme au lieu de devenir toute la scène. Une tenue qui dit : « J’ai fait attention », oui. Une tenue qui dit : « Ne touchez à rien, tout est sous alarme », beaucoup moins.


Et puis il y a Monsieur-Décontracté.

Celui qui dit : « Moi, je suis simple. » Ah, la simplicité. Ce grand continent.


Parfois, cela signifie simplement qu’il n’a pas besoin de luxe pour être bien. Très bien. Mais parfois, « je suis simple » veut dire : t-shirt fatigué, pull qui a perdu son projet de vie et baskets dont la semelle semble avoir traversé plusieurs périodes géologiques. Monsieur, ce n’est pas de la simplicité. C’est un signal de détresse textile. Le faux décontracté pense parfois que faire un effort serait superficiel. Qu’être « lui-même » suppose de venir tel qu’il était quinze minutes plus tôt sur son canapé.


Je ne lui demande pourtant pas de se déguiser. Simplement de comprendre que ce moment-là n’est pas exactement celui où il descend sortir les poubelles.


Parce que c’est cela, finalement, qui m’importe : la justesse plutôt que l’élégance. Un jean, un t-shirt blanc, un pull, des baskets peuvent être extrêmement séduisants. Je ne cherche ni marques ni démonstration.


Je veux juste que l’ensemble ait l’air d’avoir été choisi par un adulte conscient qu’il va retrouver quelqu’un.


Une coupe qui lui va. Une matière agréable. Quelque chose de propre. Une cohérence. Et surtout une tenue qui ressemble encore à lui. Je n’ai aucune envie de rencontrer un homme déguisé en homme séduisant. Je veux rencontrer la version de lui qui savait simplement qu’il allait me voir.


Et forcément, il y a les chaussures.

Les chaussures sont mon petit problème personnel.


Je pourrais probablement faire tout un premier rendez-vous avec quelqu’un en restant parfaitement ouverte d’esprit jusqu’au moment où je baisse les yeux. Là, la tolérance perd parfois quelques points. Il y a les baskets en fin de vie. Pas les baskets joliment usées qui racontent qu’elles ont vécu. Les autres. Celles qui ont dépassé le stade de la chaussure pour devenir des archives. Elles ont vu des caves, de la pluie, des parkings, peut-être des événements que la justice n’a pas jugé utile d’éclaircir.


Évidemment, une basket mourante ne prouve rien sur la capacité d’un homme à communiquer. Elle prouve principalement qu’il considère qu’elle peut encore faire une saison. Ce qui est déjà une information vestimentaire suffisamment inquiétante.


Et puis il y a la chaussure de randonnée au restaurant.

J’aime énormément les chaussures de randonnée. Sur un chemin. Dans une forêt. Sur des pierres. Avec un sac à dos et cette satisfaction immense de les enlever après plusieurs heures de marche.


Mais lorsqu’un homme arrive avec elles à un premier verre en ville, alors qu’aucune montagne n’a été traversée depuis le petit-déjeuner, je suis troublée. Je ne sais plus s’il m’invite à dîner ou s’il prévoit de rejoindre un refuge après le dessert. Je regarde la carte des vins en craignant qu’il demande s’ils ont quelque chose de lyophilisé.


Là encore, tout dépend du contexte. Si nous venons de marcher et que nous improvisons un repas, elles deviennent même charmantes. Elles racontent la journée. Ce n’est donc jamais vraiment la chaussure. C’est sa justesse au mauvais ou au bon endroit.


C’est valable pour presque tout.


Une vieille veste peut être magnifique si elle appartient vraiment à l’homme qui la porte. Un pull un peu usé peut donner envie de s’y blottir. Une tenue très simple peut être incroyablement séduisante si elle semble évidente sur lui. À l’inverse, un costume impeccable peut avoir l’air complètement déguisé.


Je ne cherche donc pas à savoir si un homme « s’habille bien ». Je regarde s’il sait adapter légèrement ce qu’il est au moment qu’il va vivre. Un homme qui semble habillé pour lui, pour le lieu, et un tout petit peu pour moi. 


Voilà, probablement, ce qui me plaît.

Et je peux difficilement prétendre que cela ne compte pas puisque moi aussi, avant certains rendez-vous, je réfléchis. Je peux essayer trois hauts pour remettre finalement le premier avec l’air parfaitement détaché d’une femme qui n’y avait absolument pas consacré vingt-cinq minutes.


Je choisis une paire de chaussures. Je me demande si la tenue est trop ceci, pas assez cela, si j’aurai froid, si j’aurai chaud, si je peux marcher dedans, si j’ai l’air d’avoir fait un effort sans donner l’impression d’avoir monté une opération militaire de séduction.


Puis j’arrive avec un très tranquille : « Oh, j’ai mis ça comme ça. »


Bien sûr.


Je ne demande donc pas un effort que je ne fais jamais moi-même.

Je sais très bien ce qu’il y a derrière cette petite préparation.


Pas forcément le désir de plaire à tout prix. Plutôt celui d’entrer dans le moment. De marquer légèrement la différence entre une journée ordinaire et un rendez-vous. De se regarder une seconde dans le miroir et de penser : oui, comme ça.


Et j’avoue qu’un homme dans un beau pull, avec une tenue juste, des chaussures correctes et une odeur agréable peut déjà faire baisser ma garde d’environ 23 %.


C’est scientifique dans ma tête, donc presque officiel. Cela ne veut évidemment rien dire sur la suite. Il faut que je me rappelle régulièrement qu’un homme capable de choisir une chemise n’a pas automatiquement débloqué la compétence « relation saine ». Ce serait merveilleusement pratique. Les boutiques de vêtements auraient depuis longtemps remplacé les thérapeutes.


Mais la tenue me renseigne au moins sur l’effort qu’il a choisi de faire ce soir-là.

Pas sur sa valeur. Pas sur sa profondeur. Pas même nécessairement sur son intérêt pour moi. Juste sur ce petit geste : il savait qu’il allait quelque part, voir quelqu’un, et il a pris quelques secondes pour décider comment il avait envie de se présenter.


Il y a une douceur particulière là-dedans.


Parce qu’un rendez-vous commence bien avant la première phrase. Il commence parfois devant une armoire. Dans le choix entre deux pulls. Dans une chemise qu’on remet parce qu’elle tombe mieux. Dans des chaussures qu’on nettoie rapidement. Dans cette décision minuscule de ne pas prendre simplement ce qui traînait sur la chaise.


Finalement, je ne cherche pas un homme bien habillé. Je cherche un homme justement habillé.

Un homme qui ressemble à lui-même, mais à la version de lui qui savait qu’il allait rencontrer quelqu’un.


Une chemise, un pull, un jean, des baskets, peu importe. Je ne veux pas qu’il arrive déguisé pour me séduire. Je veux simplement sentir qu’entre son canapé et moi, une petite décision a eu lieu.


Parce que l’outfit, finalement, c’est ça.

Une première phrase silencieuse.

Parfois, elle dit : « J’avais envie de te plaire. »

Parfois : « Je ne sais pas très bien m’habiller, mais j’ai essayé. »

Et parfois :

« J’ai pris ce qui était sur la chaise. »


Dans ce dernier cas, évidemment, je reste ouverte.

Je souris. Je commande mon verre.

Et puis je regarde les chaussures...


Il ne faut quand même pas demander l’impossible à la tolérance.


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