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Tu cherches quoi ici ?

22 août
10 min de lecture
50 nuances de swipe rencontres couple relations

Il existe une question sur les applications de rencontres qui commence sérieusement à provoquer chez moi une réaction physique.


« Tu cherches quoi ici ? »

Voilà. Parfois au second message. Parfois au premier.


J’ai même connu des hommes suffisamment efficaces pour la placer juste après « bonjour ».


Nous ne savons encore rien l’un de l’autre. Je ne sais pas s’il ronfle, s’il embrasse bien, s’il pense que répondre « oui c’est sûr » constitue une conversation, s’il possède une photo datant de moins d’une décennie ou s’il utilise encore « épicurien » comme argument de vente. Lui ne sait pas davantage si je suis drôle en vrai, insupportable au réveil, passionnante pendant trois heures ou si nous allons nous regarder quinze minutes autour d’un verre en regrettant simultanément d’avoir quitté notre canapé.


Mais il faudrait déjà annoncer le programme...

« Tu cherches quoi ici ? »


Au début, je répondais sérieusement.

Parce que je suis une femme consciencieuse et qu’à l’époque, j’avais encore de l’énergie à consacrer à cette question.


J’expliquais que je ne cherchais pas forcément une relation conventionnelle, que j’aimais rencontrer des gens, découvrir une personne avant de décider de la forme que prendrait le lien. Que je pouvais avoir envie d’une histoire légère, d’une relation libre, de quelque chose de plus profond, de désir, de tendresse, de sorties, de voyages, de sexe, de conversations interminables ou simplement d’un très bon moment qui n’aurait aucune obligation de devenir autre chose.


Je rédigeais pratiquement une note d’intention. Il ne manquait que le budget prévisionnel et les annexes.


En face, j’obtenais souvent : « Ah ouais, moi aussi. »

Merci.


J’aurais pu répondre « des champignons » que nous aurions probablement gagné du temps...

Le plus amusant, c’est qu’après quelques années de rencontres, j’ai désormais suffisamment de recul pour constater que les réponses à cette question ont finalement assez peu de valeur prédictive.


J’ai rencontré des hommes qui savaient très précisément ce qu’ils cherchaient et qui n’avaient manifestement aucune idée de ce qu’ils étaient capables d’offrir. D’autres qui ne voulaient surtout rien promettre et qui, dans les faits, se sont montrés beaucoup plus présents que certains candidats officiellement inscrits dans la catégorie « relation sérieuse ».


Parce qu’entre ce que nous cherchons, ce que nous annonçons et ce que nous sommes réellement capables de construire, il y a parfois trois histoires différentes.


Il y a eu, par exemple, celui qui m’avait expliqué assez rapidement qu’il voulait quelque chose de vrai.

Une relation. De la stabilité. De la complicité. Quelqu’un avec qui partager des choses. Il avait de belles phrases, une manière convaincante de parler du couple et ce petit ton posé des hommes qui donnent l’impression d’avoir enfin compris la vie sentimentale après avoir longuement étudié la question.


J’avais écouté.


Nous avions beaucoup parlé. Vraiment beaucoup. Des conversations longues, nourries, intelligentes. Puis nous avions passé plusieurs jours ensemble. Un beau lieu, du temps libéré, des repas, des promenades, des nuits, des discussions. Tout le dispositif nécessaire pour fabriquer très rapidement cette impression extrêmement trompeuse qu’une histoire a déjà commencé.

Sur le moment, c’était bien.

Même très bien.


Puis quelque chose s’est progressivement éteint. Moins d’élan. Moins de présence. Moins de gestes. Rien de spectaculaire. Aucun scandale. Aucun mensonge flamboyant. Juste cette sensation très particulière de regarder quelqu’un retirer doucement ses mains de quelque chose qu’il avait lui-même contribué à construire.


Celui-là cherchait officiellement une relation.

Il n’en a pas construit avec moi.


Ce qui n’est pas un reproche. On peut sincèrement vouloir quelque chose et découvrir, face à une personne précise, qu’on ne le veut finalement pas avec elle. J’ai mis du temps à comprendre cette nuance parce qu’elle pique légèrement l’ego, mais elle est essentielle : quelqu’un peut parfaitement chercher l’amour sans me chercher, moi.


Et réciproquement.


J’ai aussi connu celui qui arrivait avec des projets tellement séduisants qu’on aurait pu croire qu’il travaillait pour un office du tourisme sentimental.

Des escapades. Des lieux à découvrir. Des week-ends. Des idées. Des « on pourrait ». Des « je t’emmènerai ». Des « ça serait génial de faire ça ensemble ».


Moi, évidemment, j’adore les projets.


Montrez-moi une route, une idée légèrement imprévue et la possibilité de partir quelque part, et une partie de mon cerveau est déjà en train de choisir les chaussures.


Alors j’y ai cru un peu.

Pas au mariage.

Pas aux enfants, merci, le dossier est fermé.

Mais à une suite.

Une vraie.


Nous avons effectivement vécu de très beaux moments. Quelques paysages. Des sensations. Des soirées qui donnaient envie d’en imaginer d’autres. Il y avait suffisamment de concret pour nourrir la projection, mais jamais assez de continuité pour lui donner une véritable place.


C’est une combinaison redoutable.

Un homme qui ne fait rien, c’est facile.

On classe.

Un homme qui fait juste assez pour créer du possible, mais jamais assez pour construire une réalité, c’est beaucoup plus subtil.


Celui-ci ne m’avait pas forcément menti. Il avait peut-être réellement envie de chacune de ces choses au moment où il les disait. Seulement, une envie prononcée à voix haute n’est pas encore un projet. Et un projet n’est pas encore un engagement. J’ai appris depuis à attendre que les verbes quittent le conditionnel.


« On pourrait partir. »

Très joli.

Préviens-moi quand il y aura des billets.


Il y a eu aussi celui avec qui tout avait été étonnamment facile.

Une soirée fluide. Un homme séduisant, intelligent, agréable, capable d’écouter, de parler, de rire. De ceux qui ne déclenchent aucun signal d’alarme particulier. Aucun besoin de prévenir une amie de ma localisation en lui demandant d’appeler la police si je ne donne plus signe de vie dans deux heures.


Nous avions bu un verre. Puis un autre. Parlé longtemps. Il y avait de la douceur, de l’intérêt, cette impression agréable d’être avec quelqu’un qui sait exister dans un moment sans occuper toute la pièce.


Et puis rien.

Ou presque.


Pas parce qu’il avait été odieux. Pas parce qu’il m’avait manipulée. Pas parce que j’avais découvert une épouse, quatre identités ou une passion secrète pour la taxidermie.

Simplement parce que la soirée avait été agréable.

Point.


À une époque, j’aurais probablement cherché ce qui avait cloché. Pourquoi cette fluidité n’avait pas donné envie de continuer. Quel détail m’avait échappé. Quel signal j’avais mal interprété.


Aujourd’hui, je trouve presque reposant d’accepter cette possibilité : parfois, deux personnes peuvent passer un excellent moment ensemble et ne rien avoir à construire.


Toutes les belles rencontres ne sont pas des débuts.

Certaines sont simplement de belles rencontres...


Cela paraît évident lorsqu’on l’écrit. Beaucoup moins quand on est dedans, surtout si l’homme est beau, que le vin est bon et que notre système nerveux vient de voter à l’unanimité pour une deuxième séance.


À l’autre extrême, j’ai rencontré un homme qui avait annoncé très clairement qu’il ne cherchait pas le grand amour.

Pas de promesse. Pas d’exigence. Quelque chose de libre, léger, une période de sa vie où il avait envie d’explorer sans annoncer une destination qu’il ne connaissait pas lui-même.


Objectivement, le panneau était assez lisible.

Et moi, à l’époque, j’avais trouvé ça presque rafraîchissant.

Au moins, personne ne me vendait une maison dont les fondations n’existaient pas.


Ce qui est amusant, c’est que cet homme qui promettait le moins s’est ensuite montré, dans les faits, capable de beaucoup plus de continuité que certains qui avaient écrit « recherche relation sérieuse » en lettres presque capitales sur leur profil.


Des rendez-vous qui se répètent. Des propositions. Des moments partagés. Une attention réelle. Une place qui se crée progressivement. Des gestes qui ne correspondent plus tout à fait à la légèreté annoncée au début.


Et là encore, j’ai dû apprendre quelque chose.

Pas que ses actes annulaient ses paroles.

Pas qu’un homme qui dit ne rien vouloir de sérieux tombe forcément amoureux dès qu’il commence à préparer le café le matin. Calmons immédiatement la femme romantique au fond de la salle.

Simplement que les relations évoluent.


Et que parfois, la réponse donnée le premier soir à « tu cherches quoi ? » devient obsolète quinze jours, trois mois ou six mois plus tard.

Parce qu’entre-temps, il y a eu une personne.


C’est précisément ce qui m’agace avec cette question lorsqu’elle arrive trop tôt :

elle suppose qu’on pourrait définir la relation avant même de savoir avec qui elle pourrait exister.


Et je sais déjà ce que certains répondraient à ça : « Oui, mais moi, je n’ai pas envie de perdre mon temps. »

Moi non plus.

Vraiment...


Je n’ai aucune passion particulière pour les conversations inutiles, les rendez-vous qui tournent en rond ou les hommes qui savent déjà au bout de trois messages qu’ils veulent « du sérieux » sans avoir encore vérifié s’ils ont envie de passer une heure avec moi. Mais justement : poser immédiatement la question ne fait pas gagner du temps. Ça donne seulement l’illusion qu’on peut sécuriser la suite avant même d’avoir rencontré la personne. On peut vouloir exactement la même chose sur le papier et ne rien avoir à se dire en vrai. À l’inverse, on peut partir avec des intentions différentes et découvrir une compatibilité qu’aucun questionnaire n’aurait prévue.


Ne pas vouloir perdre son temps, ce n’est pas demander la destination avant d’être monté dans la voiture. C’est surtout savoir descendre quand on voit que la route ne mène nulle part.


Je ne fonctionne pas comme ça.

Je peux être ouverte à une relation sérieuse et ne surtout pas la vouloir avec celui qui me pose la question.

Je peux être ouverte à quelque chose de léger et découvrir que cet homme me donne envie de davantage.

Je peux penser que je vais simplement coucher avec quelqu’un et finalement préférer discuter avec lui pendant des heures.

Je peux aussi croire que quelqu’un pourrait devenir important et constater après trois rendez-vous que non.


C’est terriblement peu pratique.

Mais c’est humain.


Il y a même eu celui qui, après quelques messages, semblait vouloir déterminer précisément si j’étais disponible pour une relation,

à quelle fréquence, avec quelles intentions et dans quel cadre...


Plus il posait de questions, moins j’avais envie de répondre. À un moment, je lui ai dit quelque chose comme : « Je ne sais déjà pas encore si j’ai envie de prendre un café avec toi. On pourrait peut-être commencer par là. »


Il l’avait assez mal pris.


Ce qui avait finalement résolu la question beaucoup plus rapidement que prévu.


Je ne cherchais effectivement rien avec lui.

Merci pour l’aide.


Aujourd’hui, je sais davantage ce que je ne veux plus.

Ça, oui. Je ne veux plus convaincre quelqu’un d’avoir envie de moi.

Je ne veux plus transformer des silences en profondeur.

Je ne veux plus analyser trois mots pendant quarante-cinq minutes avec une capture d’écran agrandie à 300 %.

Je ne veux plus appeler « mystérieux » un homme qui communique comme une borne de parking.

Je ne veux plus prendre une très forte activation émotionnelle pour la preuve qu’une histoire est extraordinaire.


Parce que celle-là aussi, je l’ai apprise.


Un homme peut vous donner des papillons, des palpitations, l’envie de consulter votre téléphone toutes les vingt-sept secondes et une expertise soudaine dans l’analyse des heures de connexion.


Ce n’est pas nécessairement de l’amour.


Parfois, c’est simplement de l’incertitude avec une belle mâchoire.


Mon système nerveux a longtemps eu un goût assez discutable en matière de casting.

Il aimait beaucoup les hommes légèrement difficiles à saisir. Ceux qui approchent, s’éloignent, reviennent, laissent juste suffisamment d’espace pour que l’imagination puisse y installer tout un mobilier.


La femme lucide, elle, préfère désormais observer autre chose.

Est-ce qu’il pose des questions ?

Est-ce qu’il écoute vraiment les réponses ?

Est-ce qu’il se souvient d’un détail ?

Est-ce qu’il propose quelque chose et le fait réellement ?

Est-ce que ses paroles ressemblent vaguement à ses actes ?

Est-ce qu’il respecte mes limites ?

Est-ce qu’il sait rire de lui-même ?

Est-ce qu’il existe encore lorsqu’il n’est pas en train de me séduire ?

Et surtout : qui est-ce que je deviens avec lui ?


C’est probablement devenu mon meilleur indicateur.


Parce que je peux rencontrer un homme objectivement charmant et devenir avec lui une version de moi que je connais trop bien. Celle qui attend. Celle qui vérifie. Celle qui interprète. Celle qui trouve quinze explications rationnelles à quelque chose qui, au fond, ne lui convient simplement pas. Celle qui prend trois miettes d’attention et commence déjà à chercher le beurre et la confiture.


Je l’aime bien, cette femme.

Elle est sensible. Enthousiaste. Elle voit facilement le beau chez les autres.

Mais je préfère ne plus lui confier seule la direction des opérations.


À l’inverse, il existe des hommes avec lesquels je reste simplement moi.

Je parle. Je ris. Je désire. Je rentre chez moi. Je dors. Je travaille le lendemain. Je n’écris pas mentalement leur biographie pendant qu’ils sont sous la douche. Je n’ai pas besoin de savoir immédiatement ce que nous sommes. J’ai simplement envie de les revoir.


Et aujourd’hui, ça me paraît beaucoup plus précieux qu’un homme capable de répondre parfaitement à la question « qu’est-ce que tu cherches ? ».


Certains hommes donnent envie d’un café. D’autres d’un deuxième verre. Certains donnent envie de rentrer chez eux. Certains de les ramener chez soi. Quelques-uns donnent envie de préparer un sac, de prendre un train ou d’accepter une proposition dont on sait très bien qu’elle nécessitera probablement quelques explications à sa psy.

D’autres donnent surtout envie de vérifier l’horaire du prochain bus...


Et puis il y a les plus rares.

Ceux avec lesquels on ne sait pas encore ce qu’on cherche, mais avec lesquels on a envie de continuer à regarder.


Je crois que ce sont eux qui m’intéressent le plus.


Pas forcément ceux qui déclenchent le plus gros feu d’artifice. Je me méfie davantage des feux d’artifice maintenant. C’est magnifique, ça explose partout, tout le monde regarde le ciel avec des étoiles dans les yeux.


Et trente secondes plus tard, il fait noir et quelqu’un doit ramasser les déchets.

Je préfère une lumière qui tient un peu plus longtemps.


Cela ne signifie pas que je sois devenue raisonnable au point de rechercher uniquement le calme,

la tisane et un homme capable de comparer les assurances maladie avec moi le dimanche matin.


Dieu merci.


J’aime encore être troublée.

J’aime le désir.

J’aime les surprises.

J’aime les hommes qui me donnent envie de sortir de chez moi, de découvrir quelque chose, de rire trop tard, de prendre une route que je n’avais pas prévue.

J’aime encore qu’on me déplace un peu.

J’ai simplement ajouté une condition :

qu’il y ait quelqu’un lorsque la poussière retombe.

Parce que séduire est relativement facile. Créer une atmosphère aussi. Faire naître du désir, parfois encore davantage.


Créer un lien demande autre chose.


Du temps.

De la cohérence.

De la présence.

Et cette denrée étonnamment rare dans le dating contemporain : la continuité.


Alors non, je ne sais toujours pas exactement ce que je cherche.

Peut-être une soirée. Peut-être quelques mois. Peut-être une relation libre. Peut-être une histoire qui prendra davantage de place. Peut-être un homme que je ne reverrai jamais mais dont je garderai un souvenir délicieux. Peut-être quelqu’un qui entrera dans ma vie par une porte que je n’avais même pas pensé à ouvrir.


Tout cela peut avoir de la valeur.


Je n’ai plus besoin qu’une rencontre dure pour considérer qu’elle a compté. Mais je n’ai plus envie non plus de fabriquer une histoire autour d’un homme uniquement parce qu’il avait coché la bonne case au début.


Je ne cherche pas une relation et ensuite l’homme qui pourra entrer dedans. Je rencontre l’homme et je regarde quelle relation devient réellement possible avec lui.


Alors la prochaine fois qu’on me demandera, au second message :

« Tu cherches quoi ici ? »

Je pense que je répondrai :

« Pour commencer ? À savoir si j’ai envie de continuer cette conversation. »

Et s’il lui faut absolument une réponse plus précise…

Des champignons.


Ça nous fera au moins un sujet pour la suite...

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