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Monsieur-Pas-Trop-Vite

4 mars
12 min de lecture

Dernière mise à jour : 21 août

Avec Monsieur-Pas-Trop-Vite, tout avait d’abord commencé de façon presque trop prometteuse.

Nous avions beaucoup échangé par message. Vraiment beaucoup. De ces échanges qui installent vite une impression de densité, d’intelligence, de tenue. Pas les banalités souffreteuses qu’on s’envoie pour vérifier que l’autre est vaguement vivant. Non. De vraies phrases. De vraies réponses. Une présence écrite qui donnait envie de continuer. Nous avions même fait un FaceTime, ce qui, dans l’histoire des débuts amoureux, tient rarement du sommet érotique. J’en étais ressortie sans emballement particulier. Pas repoussée. Pas conquise. Disons dans cet entre-deux très féminin où l’on se dit : bon… à voir en vrai.


Et justement, un week-end prolongé approchait, j’avais envie de bouger, de sortir de mon quotidien, de me fabriquer une parenthèse un peu belle. Alors, dans un élan que je choisirai aujourd’hui d’appeler audace plutôt que légère inconscience, je lui avais proposé une première rencontre directement sur deux nuits dans un grand hôtel, avec spa, peignoirs moelleux et tout le dispositif officiel de la détente haut de gamme. Il avait accepté.


Rien que ça, déjà, aurait dû m’intriguer. Il faut tout de même une certaine souplesse psychique pour dire oui à une quasi-inconnue qui vous propose un week-end comme s’il s’agissait d’une évidence logistique. Mais à l’époque, j’avais choisi d’y voir un homme ouvert, partant, intelligent, capable de saisir une occasion. L’amour naissant est souvent une excellente école de réécriture.


Il était arrivé avec une heure de retard. Objectivement, cela aurait déjà dû m’alerter.

Une heure de retard lors d’une première rencontre, ce n’est pas un détail. C’est presque un prologue. Mais quand il est enfin apparu, il m’a fait cet effet très simple et très dangereux : wow. Pas wow au sens adolescent du terme. Pas le coup de foudre avec violons, ralentis et météo complice. Plutôt ce petit choc immédiat, très net, très physique, qui te fait penser en une seconde : ah… oui. Nous, ça peut fonctionner. Nous étions bien assortis. Il y avait quelque chose de juste dans l’allure, dans la présence, dans l’ensemble. Une harmonie immédiate, presque reposante. Et le pire, c’est que le week-end avait été vraiment top.


Le décor était beau, l’hôtel confortable, l’atmosphère douce, et nous avions glissé là-dedans avec une facilité presque suspecte. Il y avait le spa, les couloirs silencieux, les peignoirs qui donnent à tout le monde l’air d’un héritier fatigué, les moments suspendus, les repas, les conversations, cette sensation très agréable d’avoir peut-être bien fait d’oser. Bref, tout ce qu’il faut pour qu’une femme intelligente commence à se dire qu’elle est peut-être tombée sur quelque chose de rare, alors qu’elle est parfois simplement tombée sur un excellent contexte.


C’est aussi ça qui rend la suite plus trompeuse. 


Parce qu’un homme peut très bien réussir un grand hôtel, un spa et un week-end prolongé. C’est après, dans les samedis ordinaires, les dimanches vides et les heures à attendre seule chez lui qu’on découvre s’il sait aussi habiter la vraie vie.


Avec Monsieur-Pas-Trop-Vite, le week-end avait fini par commencer souvent de la même manière :

moi, seule chez lui, à attendre qu’il sorte enfin du travail.


J’arrivais avec mon après-midi de congé, après plusieurs kilomètres de route, mon sac pour le week-end à la main et ce reste de bonne volonté féminine qui nous pousse encore à croire qu’une histoire d’amour peut commencer par de la logistique et finir en poésie.


Je revois très bien ces arrivées.


J’entre. Je pose mon sac. J’enlève mes chaussures. Je regarde l’heure. Il n’est pas là. Je fais quelques pas dans l’appartement. Je regarde par la fenêtre. Je reprends mon téléphone. Rien de particulier. Je m’assieds. Je me relève. J’ouvre le frigo sans avoir faim. Je referme le frigo avec exactement la même information qu’avant. Je regarde encore l’heure.

Quinze minutes.

Puis trente.

Puis davantage.

La lumière change doucement dans la pièce. Moi aussi, un peu.


Au début, je suis contente d’être là. Après la route, j’ai encore l’énergie du week-end qui commence, l’envie de le retrouver, peut-être même une vague idée de ce que nous pourrions faire ensuite. Puis cette énergie se dégonfle tranquillement sur son canapé. Pas assez brutalement pour que je me mette en colère. Juste assez pour que je commence à me sentir légèrement idiote d’avoir traversé tout ce chemin pour attendre seule dans un appartement qui n’est pas le mien.


Son appartement, d’ailleurs, n’était pas désordonné. Mal décoré, en revanche, franchement oui… On aurait dit qu’un adolescent avait quitté les lieux à la hâte en promettant de revenir finir l’installation, puis n’était jamais revenu. Des années plus tard, il manquait toujours les cadres, les rideaux, une lampe, et sans doute une vague intention d’habiter vraiment l’endroit.


Alors j’attendais.


Le téléphone. L’heure. Le canapé. Un bruit dans le couloir qui n’était pas lui. Le téléphone encore. Cette petite excitation du vendredi qui reculait doucement vers le fond de la pièce.

Et quand il arrivait enfin, fatigué, vidé par sa journée, je savais déjà plus ou moins ce qui allait suivre : il aurait besoin de souffler.

Ce qui était parfaitement compréhensible.

Et parfaitement incompatible avec le fait que, moi, j’avais justement parcouru plusieurs kilomètres pour commencer à vivre.


C’était ça, le charme particulier de cette relation : rien n’était violemment décevant, tout était doucement frustrant.


Quand je l’avais rencontré, pourtant, il avait tout pour rassurer. 

De la tenue. Du calme. De l’intelligence. De l’humour. Un parcours universitaire. Même son nom avait quelque chose d’impressionnant, le genre de nom qui donne spontanément envie de se tenir un peu plus droite sur sa chaise. Ce n’était pas un nom. C’était une ambiance. Une ouverture en do mineur avec parquet ciré, rideaux lourds et probable opinion sur le cristal. Et pourtant, il n’avait rien du paon satisfait de lui-même. Il n’était ni lourd, ni pressé, ni grotesquement convaincu d’être un privilège pour l’humanité féminine. Sur une application de rencontres, c’était déjà presque une anomalie statistique.


Surtout, il ne s’était pas intéressé à moi par la surface. Il ne m’avait pas abordée comme on aborde une vitrine. Il avait regardé mes projets, ce que je construisais, ce que j’essayais de transformer en quelque chose de beau malgré les cassures. Et ça, chez moi, ça touchait vite un endroit sensible.


Quand un homme regarde ce que tu fabriques avec tes failles, il n’est plus seulement en train de te séduire. Il entre dans une pièce intérieure où tout le monde n’est pas invité.


Il s’était intéressé à mes projets autrement qu’en posant deux questions polies avant de passer à autre chose. Il m’avait accompagnée dans certaines étapes, avait vu ce que je construisais prendre forme et m’avait même aidée sur un projet qui comptait énormément pour moi. Il ne restait pas sur le trottoir d’en face avec ce soutien abstrait et commode dont certains hommes se contentent pour avoir bonne conscience. Non. Il s’approchait. Il participait. Il semblait là. Et comme je ne laissais pas entrer grand monde dans cet endroit-là, j’avais pris ça pour une preuve de profondeur.


C’était déjà mon premier malentendu. 

J’avais cru qu’un homme capable de voir mon monde serait forcément capable d’y habiter avec moi. J’avais confondu attention et élan. Présence et mouvement. Respect et souffle. Au début, c’est peut-être cela qui m’avait séduite le plus vite. Il ne semblait pas en représentation. Après quelques hommes qui entraient dans une conversation comme on entre en scène, un homme qui ne se prenait pas pour son propre spectacle devenait presque une espèce protégée. Le genre d’homme qu’on aurait envie de placer sous verre, avec une petite plaque : rare sujet adulte observé sans parade nuptiale ridicule.


Le problème, c’est qu’à un moment, on finit par se demander s’il ne chauffe pas à peine le moteur.

Avec lui, tout prenait du temps. Beaucoup de temps. 


Il lui avait fallu un an pour me présenter sa famille. Un an et demi pour me présenter ses amis. À ce rythme-là, j’avais parfois l’impression que notre relation passait d’abord devant un conseil de classe intérieur. Dossier étudié. Élément intéressant. Bonne volonté manifeste. Intégration possible au prochain trimestre, sous réserve d’ajustements… Le problème n’était pas sa malveillance. Le problème, c’est qu’à force d’être sincère à petite vitesse, il avait fini par me donner l’impression d’aimer avec une sorte de prudence administrative. Rien n’était refusé franchement. Tout était simplement reporté à plus tard, avec une politesse impeccable et un léger parfum de secrétariat.


Je me souviens très bien de ce premier Nouvel An avec ses amis.

Enfin, ses amis… Après un an et demi de relation, on pouvait presque parler d’une apparition officielle. J’étais chez lui, un peu raide, un peu déplacée, dans cette sensation étrange d’être la femme du moment et la dernière informée. Eux étaient adorables, vraiment. Chaleureux, sympathiques, ouverts. Le problème ne venait pas d’eux. Le problème, c’était ce décalage permanent entre son rythme et le mien.


Ils étaient arrivés vers 22 heures. L’apéritif avait vraiment commencé vers 23 heures. À minuit, on était encore en train de grignoter comme si le réveillon était une hypothèse en cours d’évaluation. J’avais compris ce soir-là que nous n’avions pas seulement une géographie différente, nous avions aussi des horaires d’apéritif incompatibles. Chez moi, à cette heure-là, on a déjà mangé, ri, débattu, servi le dessert et probablement jugé discrètement la cuisson de quelque chose. Chez lui, on ouvrait à peine les chips avec le sérieux d’une cérémonie d’État.


Ce n’était pas grave, évidemment. Mais c’était révélateur.

Avec lui, tout semblait se produire après. Plus tard. Quand ce serait le bon moment. Quand la fatigue serait tombée. Quand il aurait l’espace mental. Quand la vie lui laisserait enfin un créneau. En attendant, il fallait patienter avec distinction.


Le plus troublant, c’est qu’il n’était pas faux. Il ne mentait pas. Il ne jouait pas. Il ne disparaissait pas. Il n’était pas flou. Il avançait. Lentement. Très lentement. À la vitesse d’un homme qui semblait avoir transformé toute sa vie émotionnelle en circulaire interne.


Le week-end, par exemple, il n’avait jamais rien à proposer. Rien.

Ou si peu que cela en devenait presque conceptuel. Il me disait qu’il avait peur de se tromper. Peur que ça ne me plaise pas. Peur de faire faux. Ce qui, formulé comme ça, pouvait presque passer pour de la délicatesse. En réalité, c’était surtout une manière élégante de ne jamais prendre le risque de l’initiative.


Quand il venait chez moi, en revanche, on sortait. On visitait. On bougeait. On allait voir quelque chose, manger quelque part, découvrir un lieu, marcher, prendre la voiture, improviser. La vie circulait. Avec lui, chez lui, j’avais parfois l’impression que le programme officiel du week-end pouvait se résumer ainsi : récupération horizontale d’un homme épuisé.


D’ailleurs, à un moment, dans un élan d’optimisme qui devrait me valoir une distinction nationale, je lui avais même offert un livre d’idées d’activités à faire en couple. Oui. J’en étais là. Une femme adulte, intelligente, vaguement lucide, qui offre à son compagnon un manuel discret pour l’aider à avoir des idées. Le romantisme, parfois, prend des formes administrativement humiliantes.


Il ne s’en était jamais servi. Non pas par méchanceté. Non pas par désintérêt franc...

Mais parce qu’il était fatigué. Toujours un peu fatigué. Crevé par ses semaines. Saturé par son travail. Lessivé par ses responsabilités.

Le week-end n’était pas un espace à inventer, c’était une zone de décompression. Et moi, peu à peu, j’avais cessé d’être une femme à aimer pour devenir un sas de repos amélioré.


Au restaurant, ce n’était pas mieux. Ou plutôt, c’était toujours pareil. Je revois très bien certaines soirées. On s’asseyait. Je regardais la carte. Je tentais une ouverture vers quelque chose de léger. Une expo. Un endroit à voir. Un film. Une idée de balade pour le lendemain. N’importe quoi qui ressemble à de la vie non salariée. Et lui revenait à son travail. Pas avec vanité. Pas pour se mettre en avant. Encore une fois, cela aurait presque été plus simple s’il avait été narcissique.

Non.

Il parlait de son boulot parce que son boulot avait manifestement colonisé l’intégralité de son système nerveux. Les problèmes professionnels. Les tensions à gérer. Les collègues. Les séances. Les responsabilités. Les complications qu’il avait passées la semaine à absorber. Je coupais un morceau de viande, il parlait d’un conflit. Je buvais une gorgée, il parlait d’une réunion. Je tentais un « et sinon ? » léger, il repartait sur une complication de plus. À la longue, je n’avais plus l’impression de dîner avec un homme, mais avec un compte rendu de travail servi tiède entre l’entrée et le dessert.


J’aurais aimé autre chose. Pas forcément des feux d’artifice. Pas un homme lunaire qui me propose de traverser le pays en Vespa pour manger une pêche blanche au lever du soleil. Je ne demandais pas le cirque. Je demandais du vivant. Des curiosités. Des envies. Une chose à me raconter qui ne soit pas un problème. Un enthousiasme. Une folie douce. Une obsession passagère. Une joie. Mais chez lui, tout semblait tenu, fonctionnel, cadré. Comme si sa vie était très bien construite, mais sans fenêtre ouverte.


Et puis il y avait eu ce projet d’écriture. 

Je lui avais confié un texte encore fragile, un projet qui comptait énormément pour moi. Pas quelque chose qu’on lit en diagonale entre deux mails. Pas un roman de gare qu’on abandonne sur une table basse. Je lui avais donné un morceau de moi encore chaud, encore tremblant. Il savait ce que ce projet représentait. Il en connaissait les coulisses. Il m’avait vue travailler. Il savait ce que cela remuait en moi.


Et pourtant, les semaines avaient passé. Puis les mois. Je lui demandais où il en était. Il n’avait pas eu le temps... Il allait s’y mettre... Il était dedans, enfin presque... Il voulait le lire bien. Il ne voulait pas le lire à moitié. Ce qui est une très jolie phrase quand elle dure trois jours. Quand elle dure six mois, cela devient un tempérament.


Jusqu’au jour où j’avais fini par pleurer au téléphone.

Pas une petite larme chic et bien élevée. Non. Une vraie fatigue de femme blessée, qui ne pleure pas seulement parce qu’un homme n’a pas lu un texte, mais parce qu’elle comprend brusquement ce que cela raconte. Et lui, sincèrement surpris, m’avait répondu : « Je ne savais pas que ça comptait autant pour toi… »


Je me souviens encore du silence qui avait suivi dans ma tête. Parce que bien sûr que si. Il le savait. Ou plutôt, il aurait dû le savoir. N’importe quel homme un peu attentif aurait compris que ce n’était pas juste un texte en attente de lecture, mais un morceau vivant de moi tendu entre ses mains. Ce n’était pas de l’indifférence. C’était presque pire. C’était une absence d’urgence intérieure.


Et c’est là que quelque chose s’était éclairé.

Le problème n’était pas qu’il ne m’aimait pas. Je crois qu’il m’aimait. À sa manière. Sincèrement. Sérieusement. Honnêtement. Le problème, c’est qu’il m’aimait avec la prudence appliquée d’un homme qui garde toujours une marge, toujours une réserve, toujours un peu d’énergie pour tenir le reste.


Il ne me maltraitait pas. Il me sous-alimentait.


Le plus difficile, c’est que cela ne criait nulle part. Cela se passait dans des dimanches sans relief. Dans des après-midis trop calmes. Dans cette façon de s’asseoir quelque part et de sentir que rien n’allait vraiment arriver. Je revois encore certains dimanches chez lui. La lumière tombait lentement. Il était là, fatigué, à moitié affaissé, déjà repris par ses pensées de la semaine qui revenait. La maison était silencieuse. La journée aussi. On n’était ni mal, ni bien. On était dans une espèce de pré-lundi émotionnel.


Et moi, assise là, je sentais quelque chose de très simple, de très physique, de très humiliant : je devenais le meuble le plus poli de la pièce.


C’est ça, au fond, qui m’a fait le plus de peine.

Pas l’absence de passion. Pas le manque de drame. Le manque de souffle. On a honte de se plaindre d’un homme bien. Un homme correct. Un homme fiable. Un homme respectueux. On se dit qu’on exagère. Qu’on est ingrate. Qu’on devrait apprécier la stabilité au lieu de réclamer je ne sais quelle ivresse…


Mais ce n’était pas l’ivresse que je cherchais. Ce n’était même pas l’intensité. C’était le vivant. Je ne voulais pas seulement être aimée dans un endroit calme. Je voulais être embarquée dans une vie qui respire. Je voulais de l’amour, oui, mais avec du relief. Avec des mouvements. Avec cette sensation qu’à côté de cet homme, le monde s’ouvre un peu plus, au lieu de devenir simplement plus correct.


Avec le recul, je vois aussi ce que je n’avais pas voulu regarder.

J’avais pris ses signes rassurants pour la preuve qu’il était l’homme idéal : sa stabilité, son sérieux, sa prudence, sa douceur, le fait qu’il ne soit ni brutal ni flou. Et tout cela était vrai. Mais j’avais mal lu le reste. Parce que chez lui, les alertes ne criaient pas. Elles bâillaient. Elles s’exprimaient en lenteur, en fatigue, en absence d’initiative, en vie trop occupée pour accueillir vraiment autre chose qu’une présence réconfortante.


Il n’était pas toxique. Il était épuisé. Il n’était pas mauvais. Il était retenu. Il n’était pas inconsistant. Il était au ralenti.


Et moi, à force d’attendre qu’il se mette pleinement en route, j’avais fini par sentir quelque chose de très simple : je m’éteignais. Pas dans le drame. Pas dans la guerre. Dans quelque chose de beaucoup plus poli. Comme une lumière qu’on baisse progressivement jusqu’à ne plus très bien voir son propre visage.


Monsieur-Pas-Trop-Vite n’avait pas été le grand désastre de ma vie amoureuse.

Il avait été quelque chose de plus adulte, de plus gris, de plus difficile à raconter : la plus respectable des frustrations.

Le genre d’homme qu’on ne quitte pas en disant : quel con.

On le quitte en murmurant quelque chose de beaucoup plus vrai, et beaucoup moins glorieux :

Il était bien. Simplement, à côté de lui, la vie faisait la sieste.


Et j’ai compris, un peu tard mais proprement, qu’une histoire peut être sincère, tendre, sérieuse, même honnête, et ne pas être l’endroit où l’on respire le mieux. Ce n’était pas une histoire ratée. C’était une histoire trop bien tenue. Une relation validée sous réserve. Un amour tamponné sans urgence. Une place accordée, mais jamais vraiment ouverte.


Bref, pas un grand vertige.


Plutôt un très beau dossier, soigneusement classé, dans lequel j’avais fini par étouffer en silence.

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